Deux esthétiques.
Sharon Eyal : une passion qui remonte à 2017, presque une décennie.
Disons-le sans ambage, « Ici » de Léo Lérus, qui débute la soirée, n’a pas convaincu Lulu.
Dansé sur la musique enregistrée à partir des cyclones qui ont ravagé son île natale, la Guadeloupe, sa chorégraphie est directement inspirée du Gwo-Ka, danse traditionnelle locale.
D’origine africaine, pratiquée par les esclaves, elle s’est maintenue vivante au sein de la population jusqu’à devenir source d’écoles et d’académies, aujourd’hui largement diffusée sur l’ensemble du territoire.
Son solo aux contorsions et déhanchements à l’érotisme assumé, sera repris par les ensembles, parfois montés sur ressorts, têtes penchées appuyées sur la main d’un bras plié en signe de souffrance, ou d’interrogation.
Moult coups de talons rageurs, furieux tressautements, changements pieds accélérés, lancés de jambes en forme de défis, quelques ralentis ou curieuses confrontations rappelant les danses nuptiales d’oiseaux ponctuent ce ballet trop souvent répétitif.
Plus frappantes encore : ses nombreuses similitudes avec la samba et la capoéra brésilienne, aux origines similaires.
Plus qu’une création, Léo Lerus, ne signe qu’une copie de « rites » et anciennes traditions issues des
mêmes pratiques perpétuées par ces populations arrachées à leur terre, réduites à l’esclavage
Bien que servi par d’excellents interprètes,
Pour Lulu une impression de déjà vu, reconnu, sans véritable originalité.
Ennui.
Avec « Look » de Sharon Eyal changement radical de style.
Bruno Bouché présente ce choix comme « en contre-point, plutôt qu’en effet miroir » du précédent ballet.
Compact, un cercle de danseurs, en sobre et élégant académique noir brillant, manches trois quart
contrastant avec la pâleur des avant-bras, enserre, dos au public, une créature dominant le groupe.
Une force surprenante en émane.
Retenue caractérisée,
Règne de la subtilité.
Intensité de rigueur.
Comme un défi au mouvement, presque sans bouger, la présence de la « Danse » irradie le plateau.
La suite ne sera qu’une superbe déclinaison de tout l’art de Sharon Eyal.
Caractéristiques de son inimitable style, ses pas exécutés sur demi-pointes, ses mouvements de bras ; il suffit que s’inclinent les têtes, qu’un bras se déploie, qu’un poignet se casse, que se dessinent de légers ondoiements, qu’un pas de côté soit esquissé, que se renversent les bustes, s’amplifient les torsions, que s’accélèrent les changements de pieds, qu’un duo de filles se détache, la magie opère.
« Look » subjugue.
Palpitent élégance, beauté.
Esthétiquement magistral
Hypnotique, la pièce de Sharon Eyal envoûte cette fois encore.
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