Divisée en deux sections, la première, aussi révélatrice de l’évolution du « goût », réunit par thème les modèles des collections de Galliera. La fleur, déclinée sous toutes ses formes, en constitue un des éléments omniprésent.
Indispensables jusqu’à aujourd’hui dans l’élaboration de la haute couture, en fin de parcours, la deuxième partie rend un hommage pleinement justifié aux différents métiers, souvent méconnus, des maisons emblématiques d’un savoir-faire d’excellence : brodeurs, plumassiers, paruriers etc...
Deux modèles somptueux se font face en ouverture de la première partie :
| D’un côté Karl Lagerfeld pour sa dernière collection Chanel en 2019, cette robe du soir réunissant travail de broderie, Maison Montex, et de plumassier, Maison Lemarié a nécessité 1205 heures de travail. Audacieuse réinterprétation du XVIIIe siècle, cette époque a souvent inspiré de nombreux couturiers contemporains, Christian Dior en tête. |
La Dentelle.
Long et délicat travail à l’aiguille ou au fuseau sur un support temporaire, la dentelle, jusqu’à sa mécanisation débutée au milieu du XIXe siècle, est longtemps restée un rare et coûteux ornement d’apparat réservé à la noblesse ou au clergé.
| Enfin, une charmante robe de mariage d’esprit Belle-Epoque, de 1942 signée Heim Jeunes Filles (ligne moins onéreuse que ses modèles haute couture) nous rappelle l’immense succès rencontré Outre-Manche et dans tout l’empire par la « broderie anglaise », malgré les origines helvètes et alsaciennes de cette broderie blanche ajourée. |
Fleurs artificielles.
Abordé à partir d’un dessin de Paul Iribe, issu du luxueux album « Les robes de Paul Poiret », voici un chapitre consacré aux fleurs artificielles.
Une vogue en accord avec le goût pour la botanique du Siècle des Lumières.
Si Rose Bertin, célèbre marchande de mode en propose pour orner coiffures et habits, le peintre Pierre-Joseph Redouté, dont une aquarelle de rose est exposée, reçu le titre de « Le Raphaël des fleurs ».
La mode se démocratisa au siècle suivant, avec la rationalisation des moules et emporte-pièces. Ce savoir allait jusqu’à concerner l’éducation des jeunes filles par la diffusion de la presse spécialisée dans les travaux d’aiguilles.
Jusque dans les années soixante de nombreuses modistes créaient des pièces uniques pour leurs clientes le chapeau faisant partie d’une bienséance excluant de « sortir en cheveux ».
Réduits à un rôle de confort contre les intempéries, l’usage, comme celui des gants, en est aujourd’hui totalement tombé en désuétude (exception faite des grandes cérémonies).
Imprimés.
Un nouveau parallèle nous confronte aux années lumières qui séparent les styles de Balenciaga et Nicolas Ghesquière, son successeur.
| Côte à côte le long fourreau imprimé de fleurs sur fond noir de 1964, simplement noué à la taille et sur le buste,d’une incontestable élégance, et sa « réinterprétation » version courte de 2008 aux innovations techniques associant ultra-sons pour découpe et assemblage avec effet thermoformé. Je vous laisse juge. Lulu ne se prononce pas, mais n’en pense pas moins. |
| Un retour en arrière nous ramène au XVIIIe avec cette ravissante robe à la française exécutée dans une toile de coton d’Oberkampf de la Manufacture de Jouy. Reflet de l’engouement d’alors pour les motifs venus des Indes, ces cotonnades, copiant les techniques locales, porteront le nom d’indiennes et connaîtront un vif succès. Outre ses motifs exotiques, on ne peut qu’admirer le travail en « cils de hannetons » sur le devant du modèle. |
Passons aux années 1911-1912, avec Fortuny chez Babani. On connaît le talent du couturier pour ses recherches dans le domaine textile dont ses plissés éponymes. Ici cette abaya de forme résolument orientale et de coupe simplissime sublime les bordures fleuries imprimées or par estampage.
Broderies.
Attaquons avec gourmandise le riche chapitre broderie. Il nous réserve de belles surprises, mais aussi quelques ...déceptions contemporaines.
Apprenons tout d’abord que : « la broderie est un langage présent dans toutes les cultures bien avant l’écriture. ...Le premier exemple connu remonte à 34 000 ans avant notre ère sur des vêtements ornés de perles d’ivoire découverts en Russie ».
Subtile conjugaison de sa richesse et de l’experte imagination des brodeurs, (toujours pratiquée aujourd’hui par les maisons maisons Lesage, Hurel, Montex, Rébé ) la broderie donne relief, couleur forme à l’étoffe.
Les innombrables « points » constituant sa déclinaison : points passés, points de nœuds etc, les différents matériaux utilisés : perles, paillettes, tubes de verre, reflètent aussi l’évolution des tendances de chaque époque.
| Aussi comment ne pas être déstabilisée par cet ensemble pantalon de d’Alexander Mc Queen pour Givenchy. Revendiquant une « couture clash » mêlant classicisme d’un prince- de- galles à « l’anarchie créative » les broderies appliquées sur les basques de la veste se veulent réminiscence pour des gilets d’hommes ci-dessus mentionnés, et la curieuse quille du dos, celle des tournures belle époque. Résultat discutable. |
Trois lourds et massifs volumes superposés rappellent les « paniers », les fleurs géantes traitées en lurex, les motifs végétaux, la silhouette, celle de la rupture de la révolution... un message porteur, mais portable ? La question se pose.
Touche finale à ne pas négliger : la paire de baskets à poils.
Passé ces distrayants intermèdes, autre exemple de broderie, la Cornely, machine à broder, a exécuté ces motifs finement élaborés et applications sur le fragile crêpe de soie de cette robe vers 1923.
Tout aussi charmantes ces mitaines vers 1850 allient savamment tricot de soie, broderie et dentelle, et de la fin du XVIIIe, d’une rare délicatesse, cette pochette de taffetas et ruban de soie se pare d’une légère broderie bordée d’une cordelette de fils métalliques.
Toutes précieuses, toutes brodées au fil métalliques, tenues d’apparat et échantillons nous révèlent l’abondance d’un savoir faire au service d’une volonté économique : la restauration des industries du luxe après la Révolution.
Toutes en fleurs.
Nouvelles perplexité devant cette vitrine encore consacrée aux fleurs sous la rubrique « Toutes et tous en fleurs » ;
| Pas de doute, la robe du soir en deux parties de Beauchez, ayant appartenu à la comtesse de Greffulhe, est pure splendeur d’un incroyable travail sur velours de soie. | Autre merveille bien antérieure : les luxuriants ramages fleuris pour cette robe de chambre d’homme fin XVIIIe en lampas lacé sur fond de satin. |
Mais partons vers d’autres destinations toutes d’exotisme.
En Espagne, il deviendra symbole d’élégance, et pièce emblématique du costume andalou.
Venu de Chine, en crêpe de soie, les fleurs brodées aux couleurs vives sont d’inspiration asiatique avec ses longues franges en fil de soie en font bel exemple.
Après deux siècles d’isolement en 1854 le Japon s’ouvre à nouveau au monde et exporte des étoffes que la France sait employer avec talent.
Cette visite de Dieulafait, de 1880, bordée de longues franges en fil de soie gaufré et filés métalliques, est coupée dans kimono de femme de samouraï. Avec discrétion l’étoffe déploie ses branchages et fleurs typiques (prunus, chrysanthèmes, pivoines) tissées et brodées sur fond de satin de soie.
Le tissage.
Il nous reste encore un chapitre, et non des moindres : le tissage.
Sa pratique remonterait à 7000 ans avant notre ère.
La technique se définit par « l’entrecroisement de fils pour former un tissus ».
Au cours des siècles, son évolution n’a cessé de se perfectionner et de s’enrichir : liseré, lancé, broché embellissent l’étoffe. La machine Jaquard en 1801 à Lyon, capitale de la soie, révolutionne le tissage, donnant naissance à des motifs toujours plus complexes nécessitant une étroite collaboration entre le peintre, auteur du dessin transposé sur papier réglé par le dessinateur, suivie de l’intervention du teinturier avant exécution par le tisseur.
Inventé en 1946, venu d’Amérique voici le lurex, « matériau « miracle ». Fabriqué grâce à la « métallisation sous vide » il se tisse facilement et ne se ternit pas.
Refusant de terminer sur ces notes déprimantes, choisie par Lulu dans la deuxième partie de l’exposition consacrée aux Métiers d’Art, restons sur l’image de la cape d’Yves Saint Laurent de la collection printemps été 1989 admirablement brodée par Lesage. Véritable ode aux couleurs vives de la nature marocaine et à la luxuriance du jardin de la villa Majorelle, ses fleurs réalisées en application de ruban et de motifs découpés en satin et taffetas, broderie au passé, broderie de perles et paillettes, laissent imaginer la virtuosité exigée.
Magistrale illustration d'élégance.

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