Après avoir consacré quatre heures d’horloge à scrupuleusement arpenter les allées du Grand Palais,
L’édition 2025 laisse le visiteur partagé.
Dans décor sans intérêt ni chic, loin des fastes d’antan, conçu par la française Constance Guisset, de grands arcs de couleurs bleues, vertes et oranges scandent les allées.
Leur seul mérite : laisser l’œil s’attarder sur les splendeurs des coupoles et courbes du Grands Palais restauré.
Honneur aux antiquaires.
Face à l’entrée, deux lions rugissant, une paire de vases de Sèvres géants, dits « Cordelier » (cadeau du Roi Louis Philippe au Pacha Mehemet Ali, futur vice-roi d’Egypte), ouvrent le stand aux ravissants panneaux peints du toujours flamboyant Steinitz .
Royale, exposées sur un piédestal, une paire de chenets en bronze destinés aux appartements de Louis XV au château de la Muette
Pas moins spectaculaires, dans une symphonie de blanc et or, deux colonnes de marbre encadrent une imposante table très ornée, sur laquelle repose la sculptures de deux chevaux, curieusement adossés, enlacés, couchés.
Guillaume Léage, toujours exigeant, dans un souci de modernité a fait appel à l’atelier d’Offard pour crée un décor de « carton pierre » à motif de cannage, apprécié depuis la Régence jusqu' ‘à nos jours
Il encadre un fastueux cabinet en marqueterie de pierre dure d’époque Louis XIV, placé derrière une table de milieu à huit pieds en carquois sur laquelle repose un surtout de bronze à huit bras de lumière attribué à Charles Ballin, pièces d’une rare richesse.
Objet de grande qualité encore, cette pendule en Céladon aux coqs et à cadran tournant, mouvement Gilles l’Ainé, bronze ciselé doré vers 1775, Céladon époque Ming tardif.
Séduite par leur originalité, une paire de fauteuils gustaviens, autour de 1810, attribuées à Ephraïm Stàhl toute en courbes avec ses accoudoirs aux têtes de moutons.
Curieux mélange chez Perrin : préféré au classique mobilier, ce rare Odilon Redon, « Femme de profil » ainsi évoqué par son auteur : « Petite porte qui s’ouvre sur un mystère…un profil féminin qui semble émerger comme un pistil au centre d’un monde flamboyant »
Art du Japon
Dans le même carré prestigieux, dans une mise en scène épurée, théâtralement éclairée , Jean-Christophe Charbonnier est seul à présenter d’impressionnantes cuirasses et autres accessoires de Samouraïs.
Art précolombien
A la galerie Furstenberg, cette tête tenon d’un prêtre ou d’une divinité guatémaltèque, culture Maya, 500, 800 après JC. Ou cet autel de cérémonie d’une créature soutenue par deux chamans d’Equateur, 100-600 après JC. témoignent du pouvoir évocateur de ces civilisations disparues.
Art Premier
Belle sélection chez Schoffel de Fabry dont ce masque schématique de Timor, Indonésie ce masque Sépik d’Océanie Nouvelle Guinée à nez effilé tel un bec crochu.
Devenues majoritaires, les galeries de peintures.
Chez Coatalem, on s’attarde devant une jolie allégorie de l’air par Oudry, côtoyant les bruissantes cascatelles de Tivoli par Hubert Robert et de bien séduisantes plumes, sanguines, lavis des mêmes peintres accompagnés par Tiepolo ou Greuze.
Amateur de primitifs, chez Sarti comment ne pas être émus par le recueillement de deux évangélistes sur fond or de Zanino di Pietro, déjà mentionné l’an dernier ou ce diptyque tout de religiosité du Maître de Mirasole , éblouis par la luminosité des ors du triptyque d’un Maître Vénitien début du XVe.
Passons aux galeries d’Art Moderne.
Applicat- Prazan figure parme les plus importantes.
Remarqué cette année, le Fautrier de 59, « Rain » technique mixte sur papier marouflé, ne pourrait être plus évocateur.
A un niveau comparable, A&R Fleury accrochent ensemble une éclatante gouache de Calder en parfaite harmonie avec un petit Miro « Personnage et oiseau ».
Chez Brame et Laurenceau, on retrouve l’Hartung de 48, déjà vu l’an dernier, un Marcoussis cubiste de 1919.
Accrochage de qualité chez Najuma dont cette « Composition » de Bissière dans les bleus et ocres, un sensible Degottex sur fond blanc,
Eclectisme commercial troublant chez de Sousy où ce pichet et ce dessin de Picasso.
Petit intermède joaillier chez Alain Pautot où l’on peut rêver devant ces bracelets années 30-40 pavés de brillants, cette broche de la très recherchée Suzanne Belperron,
Nous les avions déjà mentionnées (et vues pour certaines) l’an passé : les vitrines d’opalines romantiques forment un ensemble charmant chez Bruno Sugères.
Actuellement fermé pour restauration, le Musée Nissim de Camundo expose quelques trésors issus des ses collections dont une exquise table en cabaret signée Roger Vandercruse, dit Lacroix, avec ce dessus en porcelaine de Sèvres aux si délicats motifs fleuris et la superbe paire d’encoignures, avec panneaux de laque noire du Japon signé Bernard Vanrisemburgh dit BVRB.
Stupéfaction au stand voisin devant le monumental buffet historié, fin XIXe présenté par Trebosc & Van Lelyveld. Collaboration entre la sculptrice d’origine suédoise Agnès de Frumerie et du céramiste virtuose Adrien Dalpayrat (aussi étrangement présent chez Perrin) : « Il allie la rigueur architecturale d’une structure en chêne massif à l’expressivité sensuelle à des plaques et sculptures en grès émaillé réalisées à quatre mains ».
Excellent ensemble de gravures et eaux fortes chez Sarah Sauvin. La dame n’est pas aimable, sa sélection éblouit l’amateur. Retiennent notre attention , trois Rembrandt dont ce buste d’homme(dernier portrait du père de l’artiste), deux Piranese dont cette vue aérienne du Colisée et ce bouvier de Claude Gellée, dit Le Lorrain . Mentionnons encore des Jacques Callot et un Odilon Redon non moins intéressants.
Gravure notable aussi chez Stephen Ongpin Fine Art
Au chapitre « Mobilier Moderne », dont la mode et la cote ne se démentent pas,
Alain Marcepoil consacre à nouveau à André Sornay, un des fondateurs du Modern Style, en lui dédiant la totalité de son stand.
Dans un joyeux mélange Robertebasta célèbre les années 5o. Retenus entre autres : une paire de fauteuils de Gio Ponti et Giulio Minoletti, une rare lampe de Max Ingand, même époque,
des candélabres du français Jean Despres
Par souci d’épure, pas de cartel pour le mobilier suédois chez Gokelaere et Robinson.
Voici le canapé de Fritz Henningsen, en cuir fauve, petits accoudoirs intérieurs, et salle à manger de Finn Juhl.
Pour clore ce chapitre, comble du chic, rien à vendre à la Galerie Vallois.
Pénétrer sur le stand est un honneur en soi.
Certes, l’ensemble des années 20-30 est de premier plan.
Jugez -en par vous même.
Encadrant l’entrée, de Marcel Coard, un précieux cabinet en palissandre et ébène et une surprenante commode en ébène de macassar avec incrustation à l’imitation de Lapis-lazuli.
A l’intérieur, trois pièces de Jacques-Emile Ruhlmann, dont le célèbre chaise longue sur skis et ce riche cabinet – coffre en ébène de macassar sculpté et doré à la feuille.
Suivent d’André Groult, un secrétaire à motif géométrique en ébène de Macassar et du Gabon.
D’Eleen Gray, face à nous, le paravent antiquisant « Le destin » jouxte le fauteuil aux dragons vers 1917 -1919 et cette chaise longue « Pirogue » dont l’épure sacrifie au confort.
La sobre modernité des créations de Pierre Legrain telle cette console en métal perforé nickelé et plateau de verre, répond la fantaisie manifeste du fauteuil « nouille » de Paul Iribe près de sa commode en galuchat.
Place aux années 50-70 chez Jousse. qui réunit un ensemble original, bar perforé et tabourets de Mathieu Mategot surmonté d’une applique à 4 bras de Mouille, un mobilier complet de Pierre Paulin des années 70 et quelques pièces disparates de Charlotte Perraind (tabouret bas Berger) ou un brise soleil en aluminium peint de Jean Prouvé.
En face, Jean-Marc Lelouch propose l’unique Jacques Villeglé, membre du mouvement « Nouveau Réalisme, le seul Takis, et un amusant fauteuil violon d’Arman, peu présent cette année.
Côté Livres anciens, pour les amoureux de Proust, Jean Baptiste de Proyart expose « Du côté de chez Swann » précieux envoi de l’auteur à Maurice Denis à côté de sa dédicace à Anatole France, modèle de Bergotte .
Autre rareté, un exemplaire des « Mémoires d’Outre tombe » de Chateaubriand, aux armes de la Duchesse de Berry.
Suivant les allées nous voilà chez Jean-François Cazeau. Surfant sur l’actualité, comme nombre de ses confrères, il met en vedette Nicki de Saint Phalle, exposée non loin dans ces mêmes murs.
Muséal comme toujours, curieusement relégué au fond du « carré Or » le grand stand de Landau Fine Art.
Marino Marini, trop peu vu depuis l’exposition de Lausanne en 2019 (Marini, Giacometti, Richier) , y retrouve une place d’honneur avec « Cavalière » jouxtant « Clairière « d’Alberto Giacometti, ensemble magistral.
Exceptionnelle, toute en courbe adoucies, l’entière plénitude sensuelle de Laurens pourrait se résumer à « Femme nue couchée » Milestone unique.
Après cette « étape » marquante, pause décorative chez Pascal Izarn, qui se distingue dans sa spécialité : les porcelaines montées en porcelaine de Chine, Japon, ou européennes ornées de montures de bronze doré du XVIIIe . La garniture composée d’une paire d’aiguières et d’un vase en porcelaine de Chine bleu poudré, cette paire de vases couverts montés sur bronze doré d’époque Louis XV, en porcelaine de Chine, sur monture du XVIIIe en sont deux exemples d’un extrême raffinement.
Retour à la peinture ancienne chez De Jonckheere et de Voldère, les spécialistes de la peinture hollandaise et flamande que l’on ne présente plus.
Beaucoup de tableaux déjà remarqués lors des précédentes éditions, tel ce Corneille de Lyon chez le premier. Sujet plus surprenant pour Jan Brueghel le Jeune, une « nature morte aux fleurs des champs », chez la seconde.
On ne peut ignorer les gravures de Paul Prouté. L’emblématique « Enseigne de Guersaint » d’Antoine Watteau, a tout de suite trouvé preneur. Tragiques, les « Lamentations sur Christ mort » de Dürer, nous étreignent.
Créatrice des bijoux les plus baroques, toujours méfiante, Lydia Courteille interdit les photos de ses créations.
Il en va autrement chez Hélène Langlois.
Le newyorkais, idole de collectionneurs tels Jacky Kennedy ou Andy Warhol, Seamann Schepps y occupe la totalité des vitrines. Ses bijoux originaux, massifs, osent d’audacieuses associations de couleurs, non sans charme. Les clous parsèment perles ou nacre de coquillages. Incontestable originalité d’un style surprenant.
Pour terminer la visite, , la sélection de Jean-Hubert Martin (ancien directeur du Centre Pompidou) pour la section « Jeunes Talents » déconcerte. Il a réunit pas moins de 140 pièces des galeries 1900-200à dont les Valois, Brimo de Laroussilhe, Stéphane Clavreuil dans une sorte de bric-à-brac sans liens, ni harmonie.
Immanquablement, l’errance dans ce capharnaüm dégage une impression de lassitude.
A quelques exceptions près, le cru 2025 de la FAB Paris marque le pas.
Il se murmure qu’« il n’y a plus la clientèle ».
Que seul Maastricht concentre l’excellence.
Triste constatation.
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