Après le parcours fascinant teinté de surréalisme et de courage de la belle Lee Miller, actuellement exposée au Musée d’Art Moderne, jusqu’au 2 août (expositions non chroniquées).
Voici en partage, les photos de Martin Parr tardivement découvertes.
Placardés sur les murs des stations du métro parisien, ses clichés criards ne sont guère engageants.
En découvrir l’ensemble exposé permet d’en apprécier toute la portée.
A l’ humour tout britannique le photographe joint un rare sens de l’ironie et de la caricature dénonciateur de bien des dérives de notre monde « moderne »
Pour s’en convaincre, il suffit de regarder ce premier portrait en gros plan :
Goyesque, cette vieille femme, cheveux blancs épars, outrageusement ridée et maquillée, arbore, pour prendre le soleil sourire aux lèvres,lunettes cloutées d’or et bijoux de pacotille.
Dénoncé sans concession, le tourisme de masse constitue un sujet largement illustré :
La plage surpeuplée de Mar del Plata en Argentine en 2114 avec ses sept millions de visiteurs par an... et l’accumulation de ses déchets.
L’ambiance outrageusement artificielle et faussement poétique de ce parc aquatique géant, de 12000 mètres carré au Japon, avec un « océan » de 13000 tonnes d’eau non salée, chlorée, équipé d’une machine à vagues offrant 200 variations photographié en 1996 à Miyasaki, fermé en 2017, regrets...
Martin Parr s’est aussi intéressé à l’occidentalisation généralisée du mode de vie et de la consommation, débutée en Angleterre sous l’ère Thatcher.
Une vision particulièrement impitoyable, désolante :
voyez ces anglais avec une femme au premier plan, se ruant à Calais sur les caisses de bière vendues moins chères qu’au Royaume Uni.
Ou, à Brighton, dans les années 83, 85 , cette affligeante « fébrilité » devant l’alignement de distributeurs de sauce Ketchup et mayonnaise. Dérisoire.
Plus placide, la queue d’acheteuses asiatiques avides de luxe devant la boutique Vuitton.
Toujours au chapitre consommation effrénée du luxe, ces « dames » moscovites à la foire des millionnaires, en 2007, exhibent avec une fierté évidente tous les signes ostentatoires de leur richesse. L’élégance ne les caractérisent pas pour autant.
Bien différent, le visage des hôtesses d’accueil n’exprime que mélancolique résignation.
Photographié avec empathie, toujours à Moscou, un groupe de femmes modestes devant la publicité d’une grande marque de maquillage américaine témoigne d’un évident besoin de coquetterie.
Revenons aux déchets
Saisissant parallèle de contradictions : l’étal de parfum exposé devant un fleuve de détritus vu à Delhi en 2010.
Pis, cette pelouse à Bristol , en 2019 où les monceaux d’ordures ne semblent en rien affecter une journée de détente sur le gazon.
Mais laissons Martin Parr nous ramener dans le monde des « possédants » observés avec son regard moqueur :
L’amateur de peinture moderne, chemise assortie au tableau admiré à Dubaï en 2007.
Le couple de spectateurs très chic à St Moritz en 2011 assistant à un match de polo sur neige, avec petit roquet -caméléon sur la fourrure de Madame.
Et, photographiées à Melbourne en Australie, en 2008, ces deux jeunes femmes, bibis sur le crane, l’une déchaussée et machonant de concert leurs sandwichs assises sur des marches des tribunes jonchées de papiers froissés lors de la Melbourne Cup, course de purs-sangs. Appétits, maux de pieds, paris perdus...
Autre chapitre souvent irrésistible, souvent implacable : le surtourisme vu sur le vif.
Pèle- mêle :
Au Machu Pichu au Pérou, jusqu’à 4000 visiteurs par jour : ici se bousculant dans les ruines sous une pluie battante, enveloppés de ces affreux impers en plastique.
Portraits sans concession encore :
Cet homme ventripotent, en slip de bain sur une plage à Bali, avec penché à ses pieds un autochtone lui faisant la pédicure, tendant sa main à l’autre pour sa manucure.
Au même endroit un bellâtre avec sa planche de surf, se fait indiquer, l’air attentif et concentré, la plage où pratiquer son sport, seul motif de son voyage.
Envahissants, les pigeons de la Place St Marc recouvrent cette touriste dont seul émerge l’appareil photo.
Sujet inépuisable , les bibis des élégantes aux courses : nadir du ridicule.
AAscot, sous un somptueux plumage coloré turquoise retenu par un ruban de satin assorti savamment noué se dissimule un visage aux minces lèvres fardées d’incarnat.
Loin d’échapper à l’œil critique du photographe, smartphones et autres tablettes forment un nouvel ensemble de clichés n’épargnant aucune génération :
Vieille dame en conversation intime. Homme d'affaires nippon. Ado mangeant un sandwich. Jusqu’au handicap d’un doigt blessé.
Plus saisissant encore : ce panneau de quatre grands enfants grimaçant d’envie, publicité Sony pour la Play Station en Angleterre en 2003.
Passons aux selfies, nouveau sujet de réjouissance débuté par ce gracieux groupe d’hommes en slip de bain dans la rue visiblement vainqueurs d’on ne sait quelle compétition.
Une jolie touche nostalgique sert de conclusion à cette exposition.
Oublions caricatures et critiques dénonciatrices distillées au long d’un parcours aux notes acidulées, aux couleurs volontiers beuglantes.
Les dernières photos exposées sont en noir et blanc, prises en Irlande au début des années 80.
De ces carcasses de voiture émane une évidente poésie, nostalgique, évocatrice de notre « impermanence » stigmatisant toujours la pollution,
Une immersion salutaire, à l’humour tout britannique, manifeste d’un engagement universel.
Merci Martin Parr nous a quitté en décembre dernier.
Une belle rétrospective devenue « hommage posthume ».
L’ironie ne lui en aurait certes pas échappée.
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