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Cent Ans d’Art Déco au Musée des Arts Décoratifs, jusqu’au 26 avril 2026.

9/11/2025

6 Commentaires

 
A foison.
A la fois rupture avec l’Art Nouveau et inspiré de perfections anciennes,
Répondant aussi à la nécessité d’adaptation à la vie « moderne » après la Grande Guerre,
l’Art Déco se manifeste dans tous les domaines de la création.
L’exposition, internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 en marque une sorte d’apogée. Quinze millions de visiteurs s’y rendront.

Foisonnante, l’exposition du centenaire en consacre l’importance dans toute sa richesse et sa diversité.



La photo des mannequins de Sonia Delaunay posant devant l’Arbre des Frères Martel        (aujourd’hui à Boulogne près du Musée des Années Trente), illustre l’étendue de cette évolution esthétique, manifestée dans l’art, ici la sculpture, ou la haute couture.

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Charmant, cet ameublement de maison de poupée en bois peint, reflète le succès du village du jouet. Rappel aussi de la Grande Guerre, un des pavillon présente les jouets construits par les mutilés, forme de réinsertion par le travail.


Avant de quitter cette salle de présentation, arrêtons-nous encore devant ce paravent de fer forgé d’un travail remarquable de Brandt (souvenez-vous des anciens garde corps des Trois Quartiers aujourd’hui détruits...) à côté duquel pose un mannequins en robe « charleston » brodée.
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Également mise en valeur dès le début du parcours, l’importance occupée par les arts du feu, verrerie et céramique, avec, entre autres, le « vase perruche » de Lalique, et le vase de grès émaillé tourné de René Buthaud.
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Curieusement, et révélateur de sa « force de frappe », la deuxième salle est exclusivement consacrée à la maison Cartier, témoin des changements dans le domaine joaillier, aussi présents chez d’autres créateurs. (Lulu de 2023 « un art nouveau, métamorphose du bijou »).

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Association audacieuse de couleurs et de matériaux, formes épurées, voire géométriques, se retrouve sur cette broche stylisée « coupe de fruits « en platine, or diamants, émeraudes, rubis, émail, ou avec ce bracelet plus tardif associant platine, or blanc, argent, diamants et turquoises.



Une « grammaire visuelle », décline à la suite les différentes inspirations et techniques.
Les bouquets de fleurs se retrouvent sur l’abattant d’un cabinet de Jean-Henri Riesener du XVIIIe  et la façade du cabinet de Jacques-Emile Ruhlmann de 1922.
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L’antiquité sert de motif aux broderies « vase grec » de cette robe de Madeleine Vionne. 

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L'exotisme caractérise la chaise de Armand -Albert Rateau, en bronze patiné et fourrure d’ocelot.


Le rapprochement entre ce trône Fan, ancien royaume du Dahomey, fin XIXe et la chaise « africaine » de Pierre Legrain, de1924, en palmier, laque, parchemin souligne l’évidence de l’inspiration africaine.
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La géométrie caractérise cette édition d’un « tissus simultané » de Sonia Delaunay, expérience « hors chevalet » de ses réalisations destinées à la décoration intérieure, exposées dans sa boutique « Simultané » en collaboration avec le couturier Jacques Heim.
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Un bel ensemble réunit dans la même veine de l’abstraction géométrique, inspirée du cubisme, la porte pliante de Mallet Stevens laquée par Jean Dunand, et la coiffeuse en spirale des établissements Saddier.
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Faisant partie du bestiaire art-déco, voyez ces perroquets sur le papier du célèbre dessinateur Georges Barbier et ces fiers paons sur la grille « paons »du ferronnier Léon Conchon éditée par Schwartz-Haumont.
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Un petit retour en arrière nous décrit les prémices de l’Art déco manifeste dès le début du XXe siècle.
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L’art, avec le fauvisme, le cubisme, les découvertes archéologiques, les expositions d’arts extra-européens composent ses nombreuses sources d’inspiration, caractérisées par une volonté de simplification et de stylisation des motifs déjà évoqués.
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Viennent les compléter quelques exemples révélateurs d’une « volonté de structurer la forme et non plus simplement de l’orner » dont cette vitrine aux lignes droites et baguette d’encadrement aux motifs géométrisés, présentant une collection de verrerie.
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Ou ce vase aux scarabées sculpturaux de François Décorchemont, de 1913.

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Jusqu’en joaillerie avec ces montures d’aigrettes de formes sobres et dépouillées : autour d’une somptueuse émeraude pour Paul Iribe , d’une améthyste pour Paul-Frédérique Follot.
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Admirons encore l’épure de cette table à thé de de Louis Sorel qui se déploie tel un éventail, 1910, ou la table gigogne quadrilobée, motif végétal stylisé d’Eugène Gaillard, de 1913.

De Paul Iribe, toujours laissons-nous séduire par sa bergère, de 1912, aux accoudoirs finement sculptés de fleurs, 
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et par la ligne dynamique de cette chaise longue de Paul-Frédéric Follot, 1912.
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Au chapitre art de la table, cet imposant surtout « grenouille » de René Lalique, 1905 nous surprend encore.
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Sont encore abondamment illustrées, les influences des Ballets Russes de Diaguilev avec ses décors et costumes très colorés et chorégraphies « révolutionnaires ».
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Il est amusant de découvrir cette affiche de Jean Cocteau créée pour « le spectre de la rose » en 1911 et les dessins stylisés de la saison 1913 de Fedorowsky, ce costume à l’exotisme débridé de Léon Bakst de 1911.


Réunis au Niveau 3 une suite impressionnante d’ensembles attend le visiteur.
Certains font partie des collections permanentes du musée.
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Chez Nelly de Rothschild, les meubles spécialement conçus par Clément Mère et Clément Rousseau se caractérisent par la richesse décorative, voire la surcharge, d’ornementation force ivoire sculpté, galuchat, corne, cuirs laqués, gaufrés, soie. Représentatifs, ce pare-feu de Clément Mère en ébène de Macassar, ivoire gravé et patiné, soie brodée et cette chaise de Clément Rousseau de palissandre galuchat et soie.


A la suite, l’ensemble des meubles commandés par Jacques Doucet témoigne de façon spectaculaire du changement radical chez ce couturier collectionneur .

Délaissant le XVIIIe au profit de l’art déco, il forme un nouvel écrin pour ses « nouvelles » collections de peinture moderne :
Rappelons qu’il fut le premier propriétaire des « Demoiselles d’Avignon » de Picasso.
L’audace et l’originalité caractérisent l’ensemble de ce mobilier exceptionnel.
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L’indépendant Marcel Coard, recouvre de python le plateau de son bureau plat, Paul-Louis Mergier, crée cet étonnant meuble d’appui de maroquin vert du Cap, bois laqué incrustations de coquilles d’œuf, et passementerie en soie et fil d’argent, devant lequel se dresse un original un vide-poche d’acajou laqué rouge et noir inspiré de l’art africain de Pierre Legrain, aussi créateur de ce grand meuble d’appui aux lignes épurées orné de motifs stylisés de laiton doré et argenté.
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Autre élément à la mode, le parchemin recouvre les tiroirs de ce léger bureau de dame, à gradin, de bois laqué de Jean-Charles Moreux.
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Le « chapitre » suivant consacre le rôle représentatif de La Société des Artistes Décorateurs lors de l’exposition de 1925 : l’occasion de présenter la multitudes des nouvelles tendances, les différents courants, dans la conception « d’une Ambassade Française » opposant, d’après la presse d’époque « Contemporains /modernes, traditionalistes/rationalistes, coloristes -décorateurs/ingénieurs-constructeurs ».

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Voyez les croquis du fumoir en laque de Dunand ou le petit salon de Maurice Dufresne et plus moderne ce projet de hall de Mallet Stevans.

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Qualifié à juste titre d’ « anthropomorphe », le chiffonnier de galuchat d’André Groult, n’a pas fini de nous étonner. Crée à l’occasion du salon, destiné à la chambre de Madame conçue comme un « écrin intime tendu de soie gris et rose et peuplé de meubles de Galuchat » Rêvons...

Toujours dans le cadre de l’Exposition de 1925, exceptionnel, car reconstitué dans sa totalité, le bureau- bibliothèque conçu pour l’appartement privé de l’Ambassade de Pierre Chareau, architecte- décorateur, et Eugène Printz, ébéniste eréchauffé des rideaux d’Hélène Henry aux motifs « briques » tissés avec de nouvelles matières artificielles mélangées au coton.
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D’une fonctionnalité novatrice, un plafond en « éventail » permet de moduler la lumière naturelle, les divers rangements du bureau s’escamotent.

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Représentatif de l’art du tapis, les motifs imaginés par Ivan da Silva Bruhns, aux couleurs sobres, relèvent véritablement de l’abstraction.
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Arrêtons-nous encore devant le paravent en laque de Jean Dunand, matériau alors fort prisé dont il maitrisait tous les secrets. Quelle sobriété dans cette évocation stylisée du cirque signée de Jean Lambert Rucki.
 
  
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Dans les objets de décoration, remarqués entre autres, de l’orfèvre Jean Després, fasciné par la mécanique (cf l’ exposition de 2009) deux solides bougeoirs en métal et un élégant soliflore d’étain martelé, et de Marcel Goupy, créateur, ce service à liqueur aux lignes futuristes.


A tout seigneur tout honneur.
Présentées au salon dans un pavillon de Patout, place aux créations de Jacques-Émile Ruhlmann.

Souvent comparé à Jean-Henri Riesener, célèbre ébéniste du XVIIIe siècle, déjà cité, Jacques-Emile Rulhmann n’emploie, pour en incruster ses meubles, que les essences les plus nobles et précieuses :
chêne, acajou, ébène de Macassar, loupe d’amboine, ivoire, corail etc...
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D’une technique virtuose, mais souvent massifs, à l’image du bahut « Elysée » aux typiques motifs de cailloutis, son mobilier frôle la surcharge.
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Il se révèle aussi inventif, teinté d’humour, tel ce bar-ski, en chêne, ébène de Macassar, bronze argenté imaginé pour le studio- chambre du Prince héritier du vice-roi des Indes.
Il était destiné à attirer l’attention futur maharajah d’Indore, à la recherche d’architectes et décorateurs pour son futur palais.
(Pour rappel, l’étonnante exposition de 2019, au MAD entièrement consacrée à cette réalisation)
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Non moins luxueux ce meuble à chapeaux, symbolise un temps définitivement révolu, mais nous surprend, à l’instar de cette élégante tasse en porcelaine blanche à filet d’or, par la simplicité de la pureté de leurs lignes.

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Enfin, il faut reconnaître à son bureau cylindre doucine, la sensualité de son galbe.
Une mort prématurée mettra fin à ses recherches modernistes associant bois et métal.


Point de répit.
Dans l’aile suivante, deux salles « personnelles » consacrent deux « icônes » de l’art déco :
Eilen Gray, (célébrée en 2013 au Centre Pompidou), ouvre cette nouvelle galerie de l’exposition.
Particulièrement célèbre, son fauteuil « Sirène », datant de 1912/ 1913, marque ses débuts avant une évolution toujours plus moderniste.
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Né de sa collaboration avec la couturière Suzanne Talbot dans un dialogue complice voyez ce paravent « brique » de bois laqué, modulable, emblématique de leur audace décorative. 
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 Précurseur dans l’utilisation des tubes métalliques, elle les utilise pour l’ensemble du mobilier de sa Villa E-1027 , construite avec Jean Badovici, construite en 1926.
S’y affirme une volonté résolument novatrice dans les matériaux et les formes, et l'ambition « d’afficher » une unité tant extérieure qu’intérieure » dans une sobriété quasi monacale. L’armoire, la table à thé, la coiffeuse. Moins austères, le banc, bois laqué teinté, et le paravent de bois laqué feuille d’argent.
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Jean-Michel Frank occupe l’espace suivant.
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Remis à la mode par Pierre Berger et Yves Saint Laurent, (remarquable exposition au musée Saint Laurent en 2009/2010). Longtemps oublié après son suicide en 1941 en Argentine, il fut avant-guerre le décorateur des Noailles, d’Elsa Schiaparelli, et plus étonnant de François Mauriac.
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Son style dépouillé sera qualifié par l’écrivain : « d’étrange luxe de rien » ou encore de « luxe pauvre ».
Cocteau dira de lui : » Pour notre ami le luxe c’était la simplicité ».
Minimaliste avant l’heure, dédaigneux de toute fioriture, affectionnant les blancs et beiges, la marqueterie de paille, le cuir gainé, le métal patiné, le chêne sablé : « Ses ensembles intemporels revisitent le
néoclassicisme français à la lumière du cubisme et du primitivisme ».


Les Années folles.
Paris est une fête . L’influence de l’art déco conquiert aussi les arts de la scène, avec la découverte du jazz, une nouvelle liberté, des fêtes débridées. les affiches, les décors, et le cinéma. Un bel exemple nous est donné avec cette affiche orphiste de Joël Martel, sculpteur, et Pierre Zénobel, affichiste, pour Nana de Herrera.
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Pour son film « L’Inhumaine » Marcel l’Herbier, en 1924, réussit l’exploit de réunir Mallet-Stevens et Fernand Léger pour les décors, Pierre Chareau pour le mobilier, Sonia Delaunay et Paul Poiret pour les costumes. Remarquable ! Ne pas manquer de regarder les extraits projetés.
Sensibles à cette évolution, les américains, comme Cédric Gibbons, directeur de la MGM adopte ce style pour « Our Dancing Daughters » et Paul Iribe devient directeur artistique de la Paramount.
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Au Quotidien
Vulgarisation initiée par les Grands Magasins, débordant les cercles des« initiés » et des nantis, le nouvel art de vivre veut aussi séduire le grand public malgré des prix encore élevés. Ces éditions portent souvent la signature des plus grands décorateurs de l’époque. 
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Un élégant ensemble bureau et fauteuil de Mallet Stevens, et sa lampe de Jacques Le Chevalier ou cette chaise torturante avec ses sangles élastiques pour assise et dossier la pivotante, très fonctionnelle, de Charlotte Perriand ou celle résolument rudimentaire mais longtemps éditée par Tubor en sont d’intéressants exemples.
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Carte Blanche à Jacques Grange.
Profusion, accumulation finissent de brouiller notre vue déjà saturée par quatre heures de visite.
Bien établi, faisant autorité auprès des grands collectionneurs, on connaît le goût du décorateur qui manifeste dans sa présentation une élégante forme d’éclectisme associant divers courants. On aurait davantage apprécié arriver l’œil frais et vif, peu importe, l’effet est somptueux : qualité et abondance rivalisent dans un cadre lumineux.
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L’ultime étape rappelle la diversité d’expression de l’art déco dans le monde dans l’architecture : les buildings de New-York, ou symbole du pays d’origine cette splendide armoire suédoise de Carl Hörvik à l’intérieur doré qui justifie le succès du style baptisé « Swedih Grace », « Grace suédoise.
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Mes lecteurs me pardonneront de ne pas m’être attardée à la dernière section essentiellement consacrée à « la résurrection » de l’Orient Express, une réalisation d’un luxe incontestable mais d’un goût discutable.
Trains et croisières ne sont pas oubliés. Aucune découverte fondamentale.

Pour conclure, seul le haut wagon dressé à la verticale sous la rotonde du musée confère à la section une jolie touche d’originalité.
6 Commentaires
Sophie
16/11/2025 08:59:32 am

Bravo !
Quel boulot !
4heures de visite quand même!
J'y cours avec ton commentaire

Répondre
Sylvie B
16/11/2025 10:05:38 am

Merci Lulu pour ce merveilleux voyage...!

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Bury dervault
16/11/2025 12:12:59 pm

Magnifique et bravo pour ce reportage qui ne peut que susciter de courir aux Arts Deco

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Frédéric
17/11/2025 03:00:26 am

Bravo Danielle pour ce magistral article
Au Mad c'est superbe mais une fournaise et trop de monde 🥰

Répondre
Joël dR link
18/11/2025 02:20:40 am

Chère Danielle, merci pour cette chronique très pertinente et agrémentée de jolies photos, qui me donne envie d'aller à l'exposition !
Je lis également avec intérêt tous vos autres articles de théâtre et de danse pour choisir ou je vais aller. Merci pour votre travail minutieux et bénévole aidée de Léane et Adrien !

Répondre
Anne-Marie Quette
2/12/2025 10:22:05 am

Chère Lulu,bravo pour vos descriptions d'objets si bien choisis,et pour la précision des détails qui leur donne vie.
Vous donnez envie d'aller visitez l'exposition !

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