Répondant aussi à la nécessité d’adaptation à la vie « moderne » après la Grande Guerre,
l’Art Déco se manifeste dans tous les domaines de la création.
L’exposition, internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 en marque une sorte d’apogée. Quinze millions de visiteurs s’y rendront.
Foisonnante, l’exposition du centenaire en consacre l’importance dans toute sa richesse et sa diversité.
Curieusement, et révélateur de sa « force de frappe », la deuxième salle est exclusivement consacrée à la maison Cartier, témoin des changements dans le domaine joaillier, aussi présents chez d’autres créateurs. (Lulu de 2023 « un art nouveau, métamorphose du bijou »).
Une « grammaire visuelle », décline à la suite les différentes inspirations et techniques.
Le rapprochement entre ce trône Fan, ancien royaume du Dahomey, fin XIXe et la chaise « africaine » de Pierre Legrain, de1924, en palmier, laque, parchemin souligne l’évidence de l’inspiration africaine.
Faisant partie du bestiaire art-déco, voyez ces perroquets sur le papier du célèbre dessinateur Georges Barbier et ces fiers paons sur la grille « paons »du ferronnier Léon Conchon éditée par Schwartz-Haumont.
Un petit retour en arrière nous décrit les prémices de l’Art déco manifeste dès le début du XXe siècle.
L’art, avec le fauvisme, le cubisme, les découvertes archéologiques, les expositions d’arts extra-européens composent ses nombreuses sources d’inspiration, caractérisées par une volonté de simplification et de stylisation des motifs déjà évoqués.
De Paul Iribe, toujours laissons-nous séduire par sa bergère, de 1912, aux accoudoirs finement sculptés de fleurs,
Sont encore abondamment illustrées, les influences des Ballets Russes de Diaguilev avec ses décors et costumes très colorés et chorégraphies « révolutionnaires ».
Réunis au Niveau 3 une suite impressionnante d’ensembles attend le visiteur.
Certains font partie des collections permanentes du musée.
A la suite, l’ensemble des meubles commandés par Jacques Doucet témoigne de façon spectaculaire du changement radical chez ce couturier collectionneur .
Délaissant le XVIIIe au profit de l’art déco, il forme un nouvel écrin pour ses « nouvelles » collections de peinture moderne :
Rappelons qu’il fut le premier propriétaire des « Demoiselles d’Avignon » de Picasso.
L’audace et l’originalité caractérisent l’ensemble de ce mobilier exceptionnel.
Le « chapitre » suivant consacre le rôle représentatif de La Société des Artistes Décorateurs lors de l’exposition de 1925 : l’occasion de présenter la multitudes des nouvelles tendances, les différents courants, dans la conception « d’une Ambassade Française » opposant, d’après la presse d’époque « Contemporains /modernes, traditionalistes/rationalistes, coloristes -décorateurs/ingénieurs-constructeurs ».
Toujours dans le cadre de l’Exposition de 1925, exceptionnel, car reconstitué dans sa totalité, le bureau- bibliothèque conçu pour l’appartement privé de l’Ambassade de Pierre Chareau, architecte- décorateur, et Eugène Printz, ébéniste eréchauffé des rideaux d’Hélène Henry aux motifs « briques » tissés avec de nouvelles matières artificielles mélangées au coton.
A tout seigneur tout honneur.
Présentées au salon dans un pavillon de Patout, place aux créations de Jacques-Émile Ruhlmann.
Souvent comparé à Jean-Henri Riesener, célèbre ébéniste du XVIIIe siècle, déjà cité, Jacques-Emile Rulhmann n’emploie, pour en incruster ses meubles, que les essences les plus nobles et précieuses :
chêne, acajou, ébène de Macassar, loupe d’amboine, ivoire, corail etc...
| Il se révèle aussi inventif, teinté d’humour, tel ce bar-ski, en chêne, ébène de Macassar, bronze argenté imaginé pour le studio- chambre du Prince héritier du vice-roi des Indes. Il était destiné à attirer l’attention futur maharajah d’Indore, à la recherche d’architectes et décorateurs pour son futur palais. (Pour rappel, l’étonnante exposition de 2019, au MAD entièrement consacrée à cette réalisation) |
Point de répit.
Dans l’aile suivante, deux salles « personnelles » consacrent deux « icônes » de l’art déco :
Eilen Gray, (célébrée en 2013 au Centre Pompidou), ouvre cette nouvelle galerie de l’exposition.
Particulièrement célèbre, son fauteuil « Sirène », datant de 1912/ 1913, marque ses débuts avant une évolution toujours plus moderniste.
S’y affirme une volonté résolument novatrice dans les matériaux et les formes, et l'ambition « d’afficher » une unité tant extérieure qu’intérieure » dans une sobriété quasi monacale. L’armoire, la table à thé, la coiffeuse. Moins austères, le banc, bois laqué teinté, et le paravent de bois laqué feuille d’argent.
Jean-Michel Frank occupe l’espace suivant.
| Son style dépouillé sera qualifié par l’écrivain : « d’étrange luxe de rien » ou encore de « luxe pauvre ». Cocteau dira de lui : » Pour notre ami le luxe c’était la simplicité ». Minimaliste avant l’heure, dédaigneux de toute fioriture, affectionnant les blancs et beiges, la marqueterie de paille, le cuir gainé, le métal patiné, le chêne sablé : « Ses ensembles intemporels revisitent le néoclassicisme français à la lumière du cubisme et du primitivisme ». |
Les Années folles.
Paris est une fête . L’influence de l’art déco conquiert aussi les arts de la scène, avec la découverte du jazz, une nouvelle liberté, des fêtes débridées. les affiches, les décors, et le cinéma. Un bel exemple nous est donné avec cette affiche orphiste de Joël Martel, sculpteur, et Pierre Zénobel, affichiste, pour Nana de Herrera.
| Pour son film « L’Inhumaine » Marcel l’Herbier, en 1924, réussit l’exploit de réunir Mallet-Stevens et Fernand Léger pour les décors, Pierre Chareau pour le mobilier, Sonia Delaunay et Paul Poiret pour les costumes. Remarquable ! Ne pas manquer de regarder les extraits projetés. Sensibles à cette évolution, les américains, comme Cédric Gibbons, directeur de la MGM adopte ce style pour « Our Dancing Daughters » et Paul Iribe devient directeur artistique de la Paramount. |
Au Quotidien
Vulgarisation initiée par les Grands Magasins, débordant les cercles des« initiés » et des nantis, le nouvel art de vivre veut aussi séduire le grand public malgré des prix encore élevés. Ces éditions portent souvent la signature des plus grands décorateurs de l’époque.
Carte Blanche à Jacques Grange.
Profusion, accumulation finissent de brouiller notre vue déjà saturée par quatre heures de visite.
Bien établi, faisant autorité auprès des grands collectionneurs, on connaît le goût du décorateur qui manifeste dans sa présentation une élégante forme d’éclectisme associant divers courants. On aurait davantage apprécié arriver l’œil frais et vif, peu importe, l’effet est somptueux : qualité et abondance rivalisent dans un cadre lumineux.
Mes lecteurs me pardonneront de ne pas m’être attardée à la dernière section essentiellement consacrée à « la résurrection » de l’Orient Express, une réalisation d’un luxe incontestable mais d’un goût discutable.
Trains et croisières ne sont pas oubliés. Aucune découverte fondamentale.




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