Limites de la rédaction.
Succédant à dix années d’abstinence délibérée provoquée par les cuisantes déceptions des précédents spectacles de cet auteur :
« Incendies », chronique de mai 2012, « Phèdres » chronique d’avril 2016,
Passé un moment de fol espoir,
Les attentes de Lulu ont été définitivement déçues.
Prometteur, le début voit s’ouvrir successivement les volets d’une façade en bois blanc : superbe décor d’Emmanuel Colus.
Les têtes des différents occupants s’y encadrent : visages grimés, grotesques.
Tous pestent contre « le temps de merde » litanie joliment déclinée dans diverses versions, aussitôt suivie d’échanges de cancans et commérages entre voisins.
Tableau guignolesque à souhait,
Imparable effet comique.
Sujet essentiel des ragots : les disputes incessantes qui opposent les Protagoras, occupants du plus bel appartement avec balcon et fenêtre sur la mer, et Philisti-Ralestine, la famille qu’ils ont généreusement accueillie chez eux et qui refuse de partir.
l’exil, pour Nelly, la fille des Protagoras
L’enfermement dans les toilettes pour Willy, le fils.
Inévitables, les conséquences sur l’hygiène générale de la maisonnée donnent lieu à des illustrations d’un réalisme scatologique parfaitement assumé.
Rires faciles encore autorisés.
On comprend bien le propos du jeune auteur, son sentiment de révolte, son côté anarchiste, et surtout sa dénonciation de la guerre du Liban que sa famille a fui quand il était encore enfant.
Toute une symbolique.
Elle se veut inspirée des tragédies antiques, avec son chœur : les occupants, traité sous le prisme du « burlesque » et de la verdeur du langage.
Disons-le sans ambages : Mouajdi Mouawad n’a pas les moyens de ses ambitions.
A l’image de ses pièces suivantes, jamais il ne maîtrise son texte.
Vains bavardages, il s’effiloche, s’égare, part en tout sens.
Noyées, les idées généreuses, interrogations existentielles, la condamnation de la violence et de toute forme d’occupation.
Sous ce flot de paroles, vociféré par les vingt comédiens dirigés par l’auteur, (exception faite de Willy,
Micha Lescot),
l’attention faiblit en proportion de la durée du spectacle.
Deux heures et trente minutes d’une épreuve à s’épargner.