Son parcours tumultueux, lingère devenue acrobate puis modèle pour de grands peintres : Renoir, Lautrec, Puvis de Chavannes, et Degas qui lui prodigua ses conseils, a été largement commentés, documentés, à l’image de sa vie libre, affranchie de toute convention bourgeoise.
Valadon peint des femmes sans concession, elle collectionne les amants, pousse la liberté jusqu’à épouser l’ami de son fils de vingt ans son cadet.
Une vie sulfureuse, ponctuée de scandales,
Une lutte pour s’imposer comme artiste,
Un combat pour sauver son fils de l’alcoolisme et développer son talent de peintre.
Dans « Suzanne »,les auteurs ont choisi de se concentrer sur ses relations avec son fils Maurice Utrillo.
Seule assise au bord de son lit, une femme âgée, usée par la vie, maugrée, peste :
Suzanne Valadon, au soir de sa vie, abandonnée par son mari, son fils, sa peinture passée de mode.
Face au Professeur, toujours combative, elle exige de pouvoir reprendre ses pinceaux :
« Ouvrez votre esprit et ajoutez la peinture à votre pharmacopée » lui enjoint-elle.
Illustration d’un tempérament de feu attisé par l’incursion de son fils Maurice Utrillo, alcoolique, devenu peintre à succès.
Débute un face à face terrifiant, un règlement de compte impitoyable.
Mère et fils laisseront exploser griefs : rancœurs, rivalités de peintres, lourdes accusations, déferleront.
Après force invectives, une forme d’amour, fut-elle infernale, réunira nos protagonistes fuyant l’hôpital.
Au final, dans un poétique décor montmartrois, apparaîtra, fantomatique, la silhouette de Suzanne Valadon , pinceaux à la main, face à son chevalet.
Elle souligne avec force les difficultés auxquelles se heurtent les créateurs, leur engagement dans leur art, leur courage, les sacrifices consentis.
Son féminisme de bon aloi répond aux critères de la mode.
La spectacle bien monté, dans les superbes scénographies de Dick Bird : grisaille de l’hôpital, charme de la Butte Montmartre, est un travail sérieux.
Dans cette salle, en 2019, « Rouge » de John Logan, Niels Arestrup campait un Rothko tout en aspérités rugueuses, dénonçant le vil mercantilisme (Lulu d’octobre) Sa force laisse un inoubliable souvenir.
Dans « Suzanne » , on aurait souhaité à Catherine Hiegel des partenaires plus singuliers,
un texte moins linéaire.
La soirée n’en n’est pas moins respectable, le travail honorable.