Avant que ne retentissent les trois coups d’une nouvelle saison,
Ne dérogeant pas à sa tradition,
Enthousiasmes intacts et coups de colère explosifs,
LULU distribue comme à chaque rentrée,
Ses palmes et ses verges : récompenses et condamnations des spectacles vus la saison dernière.
Réunissant exigence des textes, interprétations au sommet, beauté des mises en scène des Triples LULUS d’OR
à :
« Étincelles » de Jon Fosse, mise en scène de Gabriel Dufay, avec Didier Sandre, Anna Cervinka.
« Les Femmes savantes » de Molière, mise en scène d’Emma Dante, scénographie de Vanessa Sannino, et Laurent Stocker génialissime Chrysale, au théâtre du Rond Point.
Double LULU d’OR au « Malade imaginaire » de Molière pour la mise en scène de Claude Stratz, toujours aussi intelligente, avec un Guillaume Gallienne et Denis Podalydès, au sommet de leur art.
Grand texte de Claude Simon, excellente mise en scène d’Alain Françon, avec une Catherine Hiegel toujours remarquable et Léa Drucker tout en subtilité, « La Séparation », aux Bouffes Parisiens, justifie pleinement son Triple LULU d’OR.
Servi par un duo aussi pathétique qu’attachant, Christine Murillo et Jean-Pierre Daroussin, dirigés par Charles Tordjman, confèrent une rare présence aux deux protagonistes de « Dans le couloir » de Jean- Claude Grunberg, au Théâtre Hébertot. Sans hésitation, un LULU d’OR à chacun des deux interprètes.
Un LULU d’OR à Philippe Torreton, Figaro impressionnant d’engagement dans « Le mariage de Figaro » de Beaumarchais, à la Scala.
UNIQUE, GÉNIALE, FASCINANTE « Since I've been me », mise en scène testamentaire de Bob Wilson transpose l’oeuvre de Pessoa dans spectacle véritablement hypnotique.
LULUS d’OR MASSIF pour cette soirée hors du commun, qui nous a véritablement « transportés » dans un pur univers poétique. Inoubliable.
Passés ces grands moments de théâtre évoqués avec plaisir et délectation, voici venus celui d’exercer une sévérité sans concession, avec nos « LULUS DORT.
Des LULUS DORT pour sanctionner impitoyablement la lourde vulgarité de« Foutue bergerie » de Pierre Guillois. L’auteur n’a jamais fait dans la dentelle. Par le passé, il savait nous faire rire de ses outrances.
S’y ajoute, pour les mêmes raisons de sottes exagérations doublées de la trahison du dramaturge Thomas Bernhard, la mise en scène par Jean-François Sivadier de « Tout est calme sur les hauteurs ». Le jeu de Nicolas Bouchaud et Norah Krief, entre autres, auront eu raison de nos nerfs mis à vifs par tant de pitreries stupides, aspirant à la caricature et n’aboutissant qu’à de navrantes bouffonneries. Deux spectacles du théâtre du Rond-Point.
Autre échec patent : « Nous les héros » de Jean-Luc Lagarce mis en scène par Clément Hervieu-Léger, aux Bouffes du Nord.
Criailleries et hurlement réduisent à néant cette description de la vie d’une troupe de théâtre en proie aux difficultés du métier. Déception totale : texte faible, mise en scène et interprétations pénibles, dure soirée pour ceux qui « aiment » l’univers du théâtre.
Le pire maintenant. « Le passé » d’Adréïev à l’Odéon. Prometteur, ce spectacle sortait de l’oubli un auteur russe tourmenté du début du XXe siècle, mort suicidé. Julien Gosselin dont j’avais admiré « Les particules élémentaires » aux Ateliers Berthier, cette fois a bien illustré son propos. Je cite : « Faire du théâtre non pas pour en célébrer la vitalité mais pour en rendre encore plus sensible sa disparition ».
Pari tenu, le public a déserté à l’entre-acte. Accablée, Lulu lui a emboîté le pas . Un LULU DORT doublé d’une volée de bois vert.
A « Willy Protagoras enfermé dans les toilettes » de Wajdi Mouawad, auteur et directeur de la Colline,
revient de droit un dernier LULU DORT, grand prix de diarrhée verbale. La présence de Micha Lescot, souvent inspiré et protagoniste principal, ne nous sauve pas de ce texte filandreux qui se perd dans une logorrhée sans fin, vidée de son « sens ». Sans échappatoire possible, une souffrance injustifiée.
Résumant ses exigences,
Ses Humeurs exprimées en toute liberté,
Lulu entame avec impatience sa seizième saison de chroniques.
Elle compte votre fidélité.