Créé en 2019, le spectacle s’inspire « librement » du livre de François Truffaut consacré à Hitchcock : « Le cinéma selon Alfred Hitchcock », basé sur l’étude de sa filmographie et quatre années d’entretiens avec le réalisateur.
Il n’en faut pas plus à nos compères, l’inénarrable Damian de Schrijver, et Bert Haelvoet, son disciple, pour se livrer à un jeu savoureux entre théâtre et cinéma, alternance d’échanges animés sur le septième art soudain « illustrées » d’interprétations fantaisistes et foutraques de quelques séquences fortes des films évoqués.
Une fois assis à nos places, guidés par les conseils attentionnés de Damian, sur fond sonore de « Que sera sera », la chanson de Doris Day dans « L’homme qui en savait trop » nous voilà plongés dans le monde hitchcockiens, sauce tg STAN.
Dès le début, au sujet de « La corde », une pendaison approximative et la disparition aussi bruyante que ratée du corps de la victime dans la caisse à accessoires témoignent du style inimitable de nos héros.
Irrésistibles, désopilants, les gags se suivent.
Une démonstration imparable entre « surprise » et « suspens » par l’allumage d’une bombe explosive, la justification pragmatique du réalisateur au sujet de ses apparitions décidées « toujours en début du film pour ne pas distraire l’attention du spectateur », son mépris des acteurs payés à « ne rien faire » alors qu’ils doivent interpréter une chute jamais exécutée, inopinément déclenchée sur son interlocuteur précipité au sol n’en sont que quelques exemples.
Impossible de ne pas citer aussi l’incursion de Jean-Luc Godard en cinéaste hermétique, et l’affirmation par Hitchcock du concept de « sexualité glaciale » prudemment accompagné de l’avertissement « Attention, propos sexistes » inscrits sur ardoise.
Les friandises généreusement lancées aux spectateurs récompensant les bonnes réponses aux questions révélatrices de certaines lacunes de nos protagonistes soulignent encore leur sens de la cocasserie et de l’inattendu qu’interprète avec toute sa bonhomie facétieuse, colorée de son accent flamant, notre rondouillard Damian de Schrijver, barbe fleurie, ventre rebondi, Hitchcock surprenant face à Bert Haelvoet, tour à tour Truffaut et Godard, tourmentés, hésitants, jouant de leurs lunettes de soleil, rejetant leurs cheveux en arrière, ou complice à l’écran.
Précipité d’humour décalé et de dérision cultivée,
De quoi convertir au cinéma comme au théâtre les plus réfractaires.
Deux heures qui filent en accéléré.
Rentrée euphorisante.