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Lumières, Lumières, Lumières d’Evelyne de la Chenelière, librement adapté de       «Vers le Phare» de Virginia Woolf, mise en scène de Florent Siaud, Florence Viala et Aymeline Alix, au Studio de la Comédie Française jusqu’au 28 juin

19/6/2026

2 Commentaires

 
Image
© Agathe Poupeney, coll. Comédie-Française
Brillantes.
Sur le plateau, un piano détruit.
En fond de scène, depuis les cintres, de longues franges de métal or ondulent comme les vagues.
Dans ce magnifique et étrange décor signé Romain Fabre, entre une femme.
Elle murmure :
« C’est fini, tout est fini...
« Tout est vide ici »
Ces ruines « stylisées » sont celles d’une maison de vacances donnant sur la plage, face à un phare.
Ces constatations empreintes de nostalgie et de tristesse évoquent les souvenirs d’avant la grande guerre :
Les étranges relations entre Lily et Madame Ramsay l’hôtesse des lieux :

Jeune peintre, Lily ne parvient pas à terminer le tableau qu’elle a commencé.
Madame Ramsay, une épouse modèle, mère de huit enfants, en dépit d’un mauvais temps persistant, répète chaque jour :
« Il fera beau demain », condition de la promenade au phare tant attendue par son fils.

​Voilà exposés d’indéniables antagonismes, contrastes criants entre les tourments d’une créatrice dans l’impasse et la dérision d’un banal souhait maternel.
Image
© Agathe Poupeney, coll. Comédie-Française
Malgré leurs évidentes oppositions, des sensibilités partagées se révéleront progressivement.
Une trouble attirance naîtra entre les deux femmes.
Sous ses dehors conventionnels, affichant un besoin permanent de « faire plaisir » Madame Ramsay dissimule une riche vie intérieure contrariée :
Après avoir longuement célébré auprès de Lily joies du mariage, de la maternité, et regretter l’éloignement des enfants devenus grands, sans omettre de discuter sur la place de l’art :
« Est-il simplement un ornement ? »
D’ ultimes paroles dévoileront son définitif désarroi :
« Personne ne peut savoir ce qu’il y a à l’intérieur de ma pensée »
Elle qui ressent encore :
« Son absence au monde » ,
Aveux d’une inguérissable souffrance.
Sa mort volontaire y mettra fin.

Défendant farouchement son indépendance et refusant le mariage, Lily se révolte contre cette absurdité :
« Les femmes ne sont pas capables de peindre, incapables d’écrire ».
se vexe, « Pourquoi dites-vous que je ne suis pas Rembrandt ? »
Affiche son mépris pour les hommes, reconnaît son attirance pour son aînée .
Deux comédiennes éblouissantes incarnent ces personnages.
Comment ne pas être fascinée par les charmes déployés par Florence Viala.
Tour à tour mère aimante, femme-enfant se faisant parer par sa progéniture, apôtre des bienfaits du mariage, hôtesse accomplie servant le bœuf mode à ses invités : « une recette française venue de ma grand-mère ».

Ce caractère faussement enjoué, sauvant les apparences, finira par révéler un désespoir à l’issue fatale.
Modulant d’infinies nuances, d’une parfaite subtilité,
Confondante d’authenticité, Florence Viala incarne toute la difficulté d’être au monde.
Du très grand art.
​
Bien moins apprêtée, mine souvent renfrognée, Aymeline Alix n’en est pas moins remarquable.
Souvent comique, ses remarques ironiques, voire méprisantes, essentiellement à l’égard des hommes et de l’invisible Monsieur Ramsay, sa jalousie face à l’extrême féminité de Madame Ramsay, évolueront inexorablement.
En dépit des mésententes, ses sentiments deviendront authentique forme de complicité féminine et d’attirance amoureuse.
Image
© Agathe Poupeney, coll. Comédie-Française

Traités sur le plateau entre rêves et réalité, tels les méandres de nos esprits, les personnages pénètrent ou émergent d’entre les franges souples, se croisent, s‘éloignent, se rapprochent.

De ces lointains souvenirs,
Ne demeurent que les regrets :
« Les êtres glissent et tombent dans l’obscurité ».
« J’ai fini mon tableau , que reste-il demain ? »
Dit Lily, avant de conclure :
« La vie, l’enfer ».

Saisis, nous le restons doublement à la lumière de la biographie de Virginia Woolf.
Marquée dès l’enfance par de tragiques évènements : mort prématurée de sa mère, de ses deux jeunes frères entraîneront tôt dépression et première tentative de suicide.
Malgré le soutien de sa sœur cadette, peintre au talent salué avant le sien, Virginia connaîtra la fin tragique que nous connaissons.

L’adaptation d’Evelyne de la Chenelière, du roman « Vers le phare » nous transporte véritablement dans les arcanes de cet univers trouble, sans espoir, avec grande élégance et juste profondeur.
Ses interprètes, dirigées avec beaucoup d’intelligence par Florent Siaud, y déploient leur immense talent.
Bouleversante, une soirée marquante.
A voir absolument.
2 Commentaires
Attachée de presse du Français
21/6/2026 11:12:51 am

Sublime chronique…

Répondre
Vanessa Fresney
21/6/2026 11:31:59 am

Sublime critique merci pour eux

Vanessa Fresney
Responsable des relations presse Comédie Francaise

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