Bréviaire de bonnes manières érigeant les conventions au rang d’une « morale », énumérées tels d’immuables rituels à observer avec la plus grande rigueur, déjà irrésistible en soi, le texte devient soudain aussi corrosif que cruel par les brefs ajouts de Jean-Luc Lagarce se sachant déjà condamné par la maladie.
« Naître n’est pas compliqué, mourir c’est très facile, vivre entre ces deux évènements ce n’est pas nécessairement impossible. Il n’est question que de suivre les règles et d’appliquer les principes et de s’en accommoder. »
Ainsi débute notre « cours « dispensé Blanche Soyer, alias « baronne Staffe », qui se rêve femme du monde alors que son existence s’est déroulée, au XIXe siècle, dans la solitude d’un pavillon de Savigny sur Orge où elle se grise véritablement des règles, codes, protocoles et usages du « grand monde ».
De la déclaration de naissance envisagée dans tous les cas de figures, y compris le bébé mort-né, ponctué d’un « possible envisageable » le choix capital du parrain et de la marraine « préférer les personnes sans enfants », en passant par les fiançailles « vigilances sur les vices secrets, financiers ou génétiques », le mariage qualifié « d’affaire matrimoniale, car affaire », le veuvage qui implique pour la veuve qui se remarie de « garder sa première alliance et d’y superposer la seconde et ainsi de suite « , les noces d’argent et d’or « cinquante années d’heureuse union, n’auraient-elles pas été heureuses , on les célébrera quand même » , jusqu’au deuil que l’on quitte progressivement en passant par les couleurs « pensée et lilas », tout n’est qu’apparences, décorum derrière lesquels seuls règnent intérêt financier et égoïsme :
« L’homme dont la position est médiocre, il en est, ne s’offrira pas comme parrain, fiancé ou quoique se soit ».
Ne départissant jamais de son autorité, habillée de noir que seul éclaire un large col blanc, debout face à d’imposant bureaux, Catherine Hiegel nous assène sans faiblir ce chapelet d’incongruités anachroniques.
Tantôt sévère, tantôt l’œil pétillant, goguenarde, parfois interrogative, mais toujours avec une incontestable assurance, elle manipule son grand registre tel un notaire lisant un contrat.
Une mise en scène, (Martial Di Fonzo Bo) moins démonstrative eut suffi.
Peu importe, avec Catherine Hiegel ce monologue conserve sa puissance dévastatrice et cynique, cette absurde dérision à l’image de nos existences, suprême élégance du désespoir chez l’auteur.