Enthousiasmée par le travail de Julien Gosselin pour ses « Particules élémentaires » (Lulu d’octobre 2014)
Son choix de monter Léonid Andréïev, auteur russe tombé dans l’oubli,
ne pouvait que susciter l’intérêt de Lulu, aussi grand amateur de littérature russe
Las.
Pis qu’une déception, le spectacle s’est révélé douleur :
Juxtaposition sans liens de pièces et monologues de l’auteur,
Projection omniprésente de vidéos surdimensionnant les acteurs,
Scène écrasée par l’écran géant,
Invisibilité des comédiens presque toujours filmés de l’intérieur du décor,
Micros déformant les voix,
Lecture obligée des surtitres en anglais pour éviter l’incompréhension totale du texte,
Baignées d’une musique omniprésente, d’effets de vapeurs et de fumerolles.
Toutes jouées et filmées dans l’outrance, se succèdent les différentes séquences, violentes, réalistes, surjouées, entrecoupées de monologues grandiloquents jusqu’à la satire éculée du milieu bourgeois borné, les acteurs affublés de masques caricaturaux, et scène de masturbation obligée d’adolescent « incompris » intitulé :
« Dans le brouillard ».
Selon Julien Gosselin le spectacle prétend définir le métier de metteur en scène :
« la joie et la tristesse d’une forme qui dit une époque et que tôt ou tard cette forme ( de mise en scène) disparaît ».
je cite encore cette aspiration :
« Faire du théâtre non pas pour en célébrer la vitalité, mais pour en rendre encore plus sensible sa disparition ».
Pari gagné,
Après plus de deux heures de cette démonstration, accablée, vaincue
Par ce théâtre assassiné,
La fuite relève de la libération,
La désertion, de la salvation.
Et qu’on ne vienne pas taxer Lulu de conservatisme,
Quand Julien Gosselin affirme lui-même :
« Est-ce que après une vie de recherche formelle, on ne finit pas par trouver la forme la plus pure dans un Racine ou un Molière en costume ? ».
Confondant.