Loin de tenir ses promesses, une représentation plus que bancale.
Noyée par une incessante succession de pompeux décors changés à vue mêlant moucharabieh, lits à colonnes, panneaux noirs mobiles, toiles peintes de sous-bois, dont le dévoilement du mur nu en fond de plateau au début et à la fin du spectacle souligne la redondance,
Dans ses dispendieux et pompeux costumes haute couture signés Christian Lacroix,
La distribution, loin de répondre aux exigences du texte, accumule les faiblesses.
Quelle déception pour Didier Sandre, toujours remarquable ( dernièrement encore dans « Etincelles » de Jon Fosse au Studio de la Comédie Française). Ici, Don Diègue, père de Chimène, ridicule avec sa barbichette en pointe, contraint de marmonner sa tirade « oh vieillesse ennemie... » face contre terre, ou déguisé en prophète dans une autre scène.
Face à lui, aussi plat que conventionnel, Christian Gonon incarne Don Gomès, père de Chimène.
Comment ne pas s’interroger sur ce portrait caricatural du premier roi de Castille ? Déguisé en Roi de Carnaval de Nice, aussi risible que peu crédible, Bakary Sangaré s’agite, postillonne, tel un personnage de farce.
A l’opposé, très juste par sa belle présence, sa diction impeccable, Clément Besson, Don Sanche amoureux de Chimène, méritait un rôle plus important.
Aux effusions et embrassades sans retenues avec sa suivante, (Elvire interprétée par Marie Oppert plus qu’inégale) quand elle pense épouser Rodrigue, la voilà mégère, vociférant et hurlant ses imprécations bras levés pour demander vengeance après la mort der son père. Surprenantes familiarités, curieux débordements pour une aristocrate aux plaintes inaudibles.
Dans cette pièce, presque romantique avant l’heure, ce combat entre le devoir et l’amour, avec toute la noblesse de sentiments qu’il implique, exige hauteur d’âme, grandeur et souffle.
Si le feu de la jeunesse habite ces coeurs ardents et souffrants, ces amants écartelés, c’est au sens de l’honneur qu’ils se contraignent, s’efforcent de sacrifier leur amour.
Là interviennent les moments magiques du spectacle, moments de pleine intensité lors des scènes entre Chimène et Don Rodrigue.
Grand, svelte, élégant, et sobre Benjamin Lavernhe, passe du roué Scapin au sublime Cid avec toute l’élégance, la noblesse, l’éclat du rôle, intense, bouleversant dans ses suppliques à Chimène.
Les sublimes vers de Corneille prennent un rare éclat, ainsi énoncés sans emphase, avec réserve.
L’émotion étreint, le drame bouleverse.
Il lui en faut du talent pour nous conter la bataille contre les Maures juché en équilibre périlleux sur une selle d’arçon caparaçonnée frappant tambour....Trouvaille de metteur en scène.
Privés de la musicalité des alexandrins, saluons le respect du texte,
Déçus par la mise en scène, saluons Benjamin Laverhne, admirable Cid.
Seul à briller d’un éclat sans pareil.