Au registre des cuisantes déceptions citons « L’Anniversaire » au Vieux Colombier, ( Lulu d’octobre
2013) et « Le Retour » monté à grands frais à l’Odéon, (Lulu novembre 2012).
Heureusement compensées par d’ inoubliables réussites telles« Dispersion » avec Carole Bouquet et Gérard Desarthe ( Lulu de septembre 2014 ) et tout récemment « Trahisons » avec Swan Arlaud (Lulu de mars 2025) « L’Amant » (Lulu d’octobre 2010) figure en tête de ce glorieux palmarès.
Léa Drucker et Pierre Cassignard, dirigés par Didier Long, nous y avaient subjugués dans leur parfaite déclinaison des ambiguïtés pintériennes ainsi définies par l’auteur :
« Il n’y a pas de distinction tranchée entre ce qui est réel et ce qui est irréel, entre ce qui est vrai et ce qui est faux, une chose peut être tout à la fois vraie et fausse ».
La reprise prometteuse, venue du Festival Off d’Avignon, réunit Sarah Biasini tant admirée dans « Bash » de Neil Labute (Lulu d’avril 2014) et Pierre Rochefort, sous la direction de Thierry Harcourt metteur en scène de nombreux excellents spectacles, tout dernièrement « Pauvre Bitos » de Jean Anouilh, Lulu d’Or de la saison dernière.
Ni un Pinter au pire, ni un Pinter de référence, voilà une nouvelle version dénuée des charmes troublants, dérangeants, caractéristiques de ce couple de bourgeois britanniques, installés dans le confort de la campagne.
Adeptes d’ un adultère librement consenti joyeusement commenté, leur stratagème , sommet d’ambiguïté avec le mari dans l’étrange rôle de l’amant, évoque l’insondable mystère qui lie et sépare les êtres aimants, usant de tous les subterfuges pour sauver les feux d’un amour déclinant.
L’échappatoire à l’usure du quotidien, piment d’une vie conventionnelle se révélera fatal, soudain devenu insupportable enfermement pour le mari-amant.
« J’ai pris une décision...Il faut que tu cesses de recevoir ton amant dans cette maison après dix ans de mariage ».
Déroutante conclusion :
A sa volonté de mettre fin à ces simulacres, répondra le refus de son épouse.
Dans un bien vilain décor aux rayures banane et brune ornant mur, canapé, et mange-debout, ponctué d’effets sonores appuyés, cet « Amant » se révèle comme « rétréci », un Pinter, monté au premier degré, superficiel, sans profondeur, telle une vulgaire pièce de boulevard avec son incontournable ménage à trois.
Pierre Rochefort, qu’on découvre, juste, conventionnel, manque aussi de singularité.
Voilà un couple banal, très éloigné des énigmatiques personnages de Pinter.
Oubliez l’insaisissable du désir, de sa fragilité, de sa pérennité.
Seule assurance :
L’absence du Nobel britannique.
Difficilement admissible.