celle de Chéreau, (Lulu de décembre 2010),
Suivis d’« Hiver » avec Nathalie Baye (en 2009), du « Le fils » avec Michel Aumont et Catherine Hiegel,
(Lulu d’avril 2012 ), et « Jamais nous ne serons séparés » avec Ludmilla Mikaël, (Lulu de septembre
2013),
L’auteur norvégien a toujours fasciné, subjugué Lulu.
Pour son entrée à la Comédie Française, cette fois pas de « grande » pièce mais un montage subjectif,
singulier, proposé par le metteur en scène, Gabriel Dufay, traducteur de Jon Fosse devenu un de ses
familiers.
Quatre courtes pièces inédites, entrecoupées de poèmes, composent le spectacle.
Deux pentes séparées par un « palier » où deux patères symbolisent un intérieur, dominent un sol de sable
noir.
Pour voiler la scène, s’étire parfois un rideau transparent.
Signé par Margaux Nessi, un sobre et sombre décor en parfaite harmonie avec l’univers de Jon Fosse.
« Quand un ange passe sur scène », débute la représentation.
Suivent les courtes pièces qui chacune abordent, dans une langue surprenante de réalisme, des situations
de couples à leur point d’acmé.
Dans la première, »Pendant que la lumière baisse et que tout devient noir » un homme marié, Clément
Bresson, hésite à rompre avec sa femme, Anna Cervinka, pour vivre avec sa jeune maîtresse, Morgane
Réal, elle-même indécise et courtisée par un ami amoureux qui la rassure, Sefa Yeboah.
Une seconde, « Liberté », met en scène une femme, Morgane Réal, en quête de liberté qui se heurte à
l’impossibilité de son retour au foyer après avoir abandonné mari, Clément Bresson, et enfants.
La découverte de la nouvelle épouse, Anna Cervinka, finira de l’accabler et la voir repartir vers l’inconnu.
marche dans la montagne, accompagné d’une plus jeune femme.
Une lumière, perçue de lui seul, l’attire irrésistiblement : la mort, lumineuse et effrayante à la fois.
A la fin, dans un dernier texte qui touche au poème, murmuré par Sefa Yeboah bougie à la main, on
perçoit un monologue qui s’adresse aux vivants et aux morts. « Vivre dans le secret ».
Portée par ces cinq comédiens au sommet de leur art : ceux que l’on ne présente plus : Anna Cervinka
et Didier Sandre, ou les plus jeunes mais non moins admirables : Morgane Réal, Clément Bresson,
impressionnants ainsi que Sefa Yeboah,
Le sujet des deux premières pièces, sous des dehors d’une banalité confondante, nous captivent
cependant.
assumé une rare puissance.
Ressurgissent dans « Là-Bas » et « Vivre dans le secret » intacte dans toute sa troublante étrangeté, la
dimension si mystérieuse, quasi ineffable, de l’auteur Jon Fosse.
Pari gagné pour Gabriel Dufay.
Une soirée fidèle à l’essence de l’œuvre de l’auteur mais aussi révélation de ses facettes « inconnues ».
Après « La Séparation » de Claude Simon, un deuxième chef-d’œuvre à l’affiche pour cette rentrée
théâtrale.
Du théâtre dans sa plus haute tenue.