Ces textes à la vertigineuse portée métaphysique,
illustrent l’ ultime mise en scène de Robert Wilson décédé en juillet 2025.
Sommet d’un art singulier elle ne saurait mieux célébrer sa mémoire et faire résonner, dans toute son étrangeté et sa profondeur, l’œuvre de Pessoa.
Avec cet esthétisme poussé au paroxysme,
Dans un découpage au scalpel, baigné de lumières irradiantes ou ténébreuses, d’accompagnements sonores d’une rare puissance évocatrice,
Sept remarquables comédiens de nationalité différentes,
Composent un étonnant spectacle choral.
Grimés de blanc, pantins articulés, figures dansantes ou hiératiques aux gestes alentis, nous subjuguent d’une envoûtante présence, nous immergent dans toute l’étrangeté des poèmes et extraits des recueils de celui qui signait d’hétéronymes.
D’un rare lyrisme onirique,
Des lunes écarlates s’élèvent dans les cieux nocturnes,
D’étranges animaux traversent le plateau en s’éclairant de l’intérieur,
Des cyprès stylisés avancent,
Une femme à la présence spectrale lit une lettre d’amour,
Tel l’apocalypse, un formidable orage s’abat sur la salle de bistrot où l’écrivain attablé s’est vu rejoindre par l’ensemble de ses hétéronymes tous pareillement alignés.
« Qu’est-ce qu’un homme ? un insecte vain »
énigmatiques :
« Je veux rêver de rêver »
réalistes :
« Ignorer que nous vivons remplit notre vie ».
Parfois ponctuées de quelque constatation comique: le ridicule des lettres d’amour, ou le mouvement d’humeur à propos de tripes à la mode de Porto servies froides quand elles devraient être chaudes.
Malvenu, balourd, regrettable contraste dans cet admirable ensemble:le final, numéro de comédie musicale avec ces marins américains chantant et dansant « Since I’Ive been me ».
Fascinant moment inoubliable.